HUMAN RIGHTS
WATCH hrw news PortuguesDeutschRussianEnglish
SpanishChineseArabicOther Languages

Soudan : un lieu honteux pour un sommet africain

L’Union africaine devrait sanctionner et non récompenser les crimes de Khartoum

(New York, 17 novembre 2005) — En permettant à Khartoum d’accueillir son sommet en janvier, l’Union africaine compromettrait sa crédibilité et excuserait la complicité du gouvernement soudanais dans des crimes contre l’humanité commis au Darfour, a mis en garde Human Rights Watch dans une lettre adressée aujourd’hui aux chefs d’Etat africains.

« Les efforts de l’Union africaine au Soudan se sont heurtés à l’obstruction constante du gouvernement qui refuse de modifier ses politiques génératrices d’abus. L’Union africaine ne devrait pas récompenser ceux qui parrainent les crimes contre l’humanité en leur accordant le privilège d’accueillir le sommet de l’UA ou en accédant à la présidence de cette organisation. »
Peter Takirambudde,  
directeur de la division Afrique de Human Rights Watch
  

Aussi disponible en

english 

Sur le même thème

Lettre au Etats membres de l'Union africaine
Lettre, 17 novembre 2005

Sommet de l’Union africaine : protéger les civils dans tout le Darfour
Communiqué de presse, 1er juillet 2005

Crise au Darfour
Page Thématique

L’Union africaine a joué un rôle important au Darfour en envoyant une force de suivi du cessez-le-feu, la Mission de l’Union africaine au Soudan (AMIS) qui compte maintenant près de 7 000 membres et inclut dans ses attributions la protection des civils. L’Union africaine a également assumé le premier rôle dans la médiation entre le gouvernement soudanais et les deux groupes rebelles au Darfour. Un septième cycle de négociations de paix doit reprendre dans la capitale du Nigeria, Abuja, un peu plus tard dans le mois, les bailleurs internationaux du Soudan poussant à un accord de paix avant la fin de l’année.  
 
« Les efforts de l’Union africaine au Soudan se sont heurtés à l’obstruction constante du gouvernement qui refuse de modifier ses politiques génératrices d’abus, » a déclaré Peter Takirambudde, directeur de la division Afrique de Human Rights Watch. « L’Union africaine ne devrait pas récompenser ceux qui parrainent les crimes contre l’humanité en leur accordant le privilège d’accueillir le sommet de l’UA ou en accédant à la présidence de cette organisation. »  
 
Le Président soudanais, Omar El Bashir est apparemment l’un des candidats à la présidence de l’Union africaine qui doit cette année revenir par rotation à l’Afrique de l’Est. Si le Soudan doit également accueillir le sommet de l’UA, les deux choses ne sont plus liées. Le Soudan devait auparavant accueillir le sommet de l’UA en juillet et assumer à ce moment-là la présidence. Or, l’Union africaine a changé le lieu du sommet pour la Libye à cause des abus continus du gouvernement soudanais contre les droits humains et ses violations du cessez-le-feu au Darfour. Depuis lors, le Nigeria a continué d’assumer la présidence de l’UA. Selon les nouvelles procédures de l’UA, le président sera élu par les Etats membres lors du sommet, les 23 et 24 janvier.  
 
L’AMIS continue de se heurter à des obstacles dressés par le gouvernement soudanais alors que la mission est en voie de réaliser son déploiement plein et entier. Ce n’est que récemment, après des mois de retard, que le gouvernement soudanais a autorisé l’AMIS à importer 105 véhicules armés de transport de troupes pour protéger les civils ainsi que les forces de l’AMIS. En octobre, cinq soldats de l’AMIS originaires du Nigeria on été tués lors d’échanges de tirs qui ont duré plusieurs heures avec les milices soutenues par le gouvernement, dans le Sud Darfour.  
 
« Comment l’Union africaine peut-elle être un médiateur crédible dans le Darfour si l’une des parties en guerre accueille son sommet et prend également la direction de l’organisation ? » a demandé Takirambudde. « Il n’est pas trop tard pour que l’Union africaine tienne son sommet ailleurs ou pour que les responsables africains encouragent un meilleur candidat à se présenter à la présidence. »  
 
Si l’intensité des hostilités au Darfour a un peu faibli un peu plus tôt dans l’année, la violence contre les civils s’est de nouveau intensifiée au cours des deux derniers mois. Les milices Janjaweed soutenues par le gouvernement continuent d’opérer en toute impunité, sans risque d’être poursuivies en dépit des demandes du Conseil de sécurité des Nations unies et du Conseil de paix et de sécurité de l’UA en faveur d’un désarmement de ces groupes par le gouvernement soudanais.  
 
Le représentant de la mission de l’Union africaine au Soudan, Baba Gana Kingibe, a condamné, début octobre, l’accroissement de la violence et dénoncé le gouvernement soudanais parce qu’il continuait de soutenir les attaques lancées contre les civils de concert avec les milices Janjaweed. Il a également dénoncé l’utilisation par le gouvernement soudanais de véhicules blancs ressemblant à ceux de l’AMIS.  
 
Human Rights Watch a appelé le gouvernement soudanais et toutes les factions rebelles à cesser immédiatement les attaques contre les civils, les travailleurs de l’aide humanitaires et les forces de l’AMIS. Les parties en conflit devraient également coopérer à toutes les enquêtes indépendantes relatives aux attaques.  
 
Contexte  
 
Depuis 2003, le gouvernement soudanais poursuit une politique qui prend pour cibles les civils appartenant au même groupe ethnique que celui des insurgés rebelles du Darfour. Plus de 180 000 personnes sont mortes et plus de deux millions d’individus ont été violemment spoliés et ont vu leurs maisons et leurs villages incendiés, selon des chiffres des Nations unies. Les attaques coordonnées du gouvernement et des milices contre les civils sont la cause première du déplacement massif des populations et des crimes contre l’humanité commis depuis la mi-2003.  
 
L’Union africaine a déployé une force militaire d’observation dans la région en juin 2004 afin de suivre un accord de cessez-le-feu d’avril 2004 signé par le gouvernement soudanais et deux groupes rebelles du Darfour. Depuis juillet 2004, le nombre d’observateurs, de soldats et d’autres membres du personnel de l’UA s’est accru pour atteindre 7 000 et son mandat a été étendu pour comprendre la protection des civils « confrontés à une menace imminente dans les environs proches. » Mais l’AMIS a été soumise à des attaques lancées par toutes les parties au conflit. Début octobre, une fraction dissidente du groupe rebelle Mouvement justice et égalité a temporairement pris en otage une délégation de l’AMIS, à la frontière avec le Tchad et la milice soutenue par le gouvernement a tué cinq soldats de l’AMIS à peu près à la même époque.

HRW Logo

À propos de HRW | Communiqués | Publications | Régions | Campagnes | Faire un Don | Librairie | Festival de Film | Recherche | Plan du Site | Contactez-nous | RSS Newsfeed | Mentions Légales

© Copyright 2005, Human Rights Watch    350 Fifth Avenue, 34th Floor    New York, NY 10118-3299    USA