HUMAN RIGHTS WATCH

La Libye ne devrait pas présider la Commission des droits de l'homme de l'ONU

Les gouvernements africains appelés à désigner un candidat avec un meilleur bilan

(New York, 9 août 2002) - La désignation par les gouvernements africains de la Libye pour présider la prochaine Commission des droits de l'homme des Nations Unies contredit leur engagement à promouvoir les droits humains et la bonne gouvernance, a estimé Human Rights Watch.

Il revient à l'Afrique de présider la prochaine session de la Commission conformément aux règles de la rotation et la Libye a été désignée par le groupe régional Afrique. La nomination de la Libye a été confirmée lors du Sommet inaugural de la nouvelle Union Africaine. La Commission entamera sa session annuelle en mars 2003. "Les pays qui affichent un épouvantable bilan en termes de droits humains ne devraient jamais être appelés à présider la Commission des droits de l'homme", a estimé Rory Mungoven, directeur des campagnes internationales de Human Rights Watch. "La longue histoire des violations des droits humains en Libye ne mérite certainement pas un tel honneur".  
 
Pour Human Rights Watch, la désignation de la Libye contredit les engagements que les responsables africains ont pris en faveur de la défense des droits humains et de la promotion de la bonne gouvernance dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD). Le comité directeur du NEPAD réunit les Présidents Mbeki d'Afrique du Sud, Wade du Sénégal, Obasanjo du Nigeria, Moi du Kenya et Ghaddafi de Libye.  
 
"Il s'agit d'un réel pas en arrière par rapport aux engagements des gouvernements africains en faveur des droits humains", a souligné Mungoven.  
 
The NEPAD a défini notamment un code de gouvernance respectueux des libertés fondamentales et établi un système de surveillance par leurs pairs des gouvernements africains, afin qu'ils se sentent mutuellement tenus de rendre des comptes sur les violations des droits humains qu'ils auraient commises. Ce dispositif a reçu l'appui des donateurs internationaux, dont les membres du G-8, les huit nations les plus industrialisées.  
 
"La désignation de la Libye par le comité directeur du NEPAD a déjà suscité l'étonnement des partisans du NEPAD", a déclaré Mungoven. "Mais placer la Libye en tête des choix de l'Afrique pour diriger le forum mondial des droits humains devrait carrément servir de sonnette d'alarme".  
 
Au cours de la décennie écoulée, la Libye a emprisonné des opposants au gouvernement pendant des années sans aucune charge ni procès; elle a interdit la formation de partis politiques ou d'organisations non-gouvernementales indépendantes; elle a muselé la presse du pays. Par le passé, le gouvernement libyen a été également accusé de tortures; "disparitions" et de l'assassinat d'opposants politiques à l'étranger.  
 
Dans une lettre adressée aux présidents Obasanjo, Wade et Mbeki, Human Rights Watch a appelé les dirigeants du NEPAD à retirer la désignation de la Libye ou à énoncer publiquement les critères retenus pour la candidature africaine à la Commission, conformément aux objectifs du NEPAD. Les gouvernements donateurs qui envisagent d'apporter leur soutien au NEPAD devraient exprimer leur préoccupation et appeler au retrait de la Libye.  
 
"Les dirigeants africains ont promis de développer un réel système de contrôle mutuel au sein du NEPAD", a rappelé Mungoven. "Leur engagement est maintenant soumis à l'épreuve du plus vaste forum mondial consacré aux droits humains".



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